Mékambo/ Marché Zita Oligui Nguema : l’investissement public à l’épreuve des réalités locales
Image du marché Gabon 24 Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Inauguré il y a moins de trois mois, le nouveau marché municipal Zita Oligui Nguema de Mékambo dans la province de l’Ogooué-Ivindo peine à trouver ses occupants. Alors que les autorités locales ont présenté cette infrastructure comme un équipement destiné à améliorer les conditions d’exercice des activités commerciales, son faible taux de fréquentation soulève désormais des interrogations. En cause notamment : un loyer de 50 000 FCFA par box, jugé inaccessible pour une ites commerçantes. Dans une publication sur sa page Facebook ce 30 octobre 2026, la plateforme Métandou Mia Mékambo interpelle directement les autorités municipales sur l’accessibilité de cet équipement public.
Un cinquième marché dont la pertinence était déjà contestée
Le problème ne semble pas surgir aujourd’hui. Dès le 11 septembre dernier, dans un article intitulé « À Mékambo, l’offre des marchés est supérieure à la demande », la plateforme Métandou Mia Mékambo questionnait déjà la construction d’un cinquième marché dans une ville qui en comptait quatre, dont trois seraient abandonnés depuis plusieurs années.
Moins de trois mois après son inauguration, le nouvel équipement semble à son tour confronté à des difficultés d’occupation. Aux habitudes commerciales des populations et aux réticences liées à certaines croyances locales s’ajoutent désormais les interrogations sur le coût d’accès aux box. La plateforme évoque notamment des allégations selon lesquelles le marché aurait été construit sur d’anciennes tombes, un élément qui reste toutefois à vérifier.
50 000 FCFA : le prix d’accès à un marché public fait débat
C’est le montant qui cristallise les critiques. Selon Métandou Mia Mékambo, les autorités municipales auraient fixé à 50 000 FCFA le prix de location d’un box. Pour la plateforme, ce tarif ne correspond pas aux réalités économiques des petites vendeuses, dont certaines vivent de la commercialisation de petites quantités de piment, de nkoumou et d’autres produits vivriers.
« Nos mamans qui vendent leurs petits tas de piment ou de nkoumou au marché ne réalisent même pas 50 000 FCFA de bénéfice dans le mois. Comment peut-on leur demander une telle somme pour occuper un simple box dans un marché public ? C’est quoi le projet de la mairie ? Les ruiner ? Ou aller à l’encontre de la volonté du chef de l’État d’encourager l’entrepreneuriat et l’autonomisation des femmes ? », dénonce la plateforme.
Au-delà de la polémique sur le montant du loyer, une question de fond se pose : à qui est réellement destiné ce marché ? Lorsqu’un équipement est construit avec des fonds publics, son accessibilité économique devrait constituer une préoccupation centrale, particulièrement dans une localité où les activités commerciales reposent largement sur de petits revenus.
La mairie attendue sur les conditions d’accès
Présentée dans le cadre de la politique de développement portée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, cette infrastructure est notamment censée contribuer à l’amélioration des conditions de travail des commerçants et à la dynamisation de l’économie locale.
Mais entre la construction d’un marché et son appropriation par les populations, il existe parfois un fossé que les seules cérémonies d’inauguration ne suffisent pas à combler.
La municipalité de Mékambo gagnerait ainsi à apporter des éclaircissements sur la fixation du loyer, les modalités d’attribution des box et les éventuelles possibilités d’aménagement tarifaire. Car un marché municipal ne peut durablement remplir sa mission si celles et ceux auxquels il est destiné n’ont pas les moyens d’y exercer leurs activités.
À Mékambo, le véritable défi n’est donc plus seulement de construire un marché, mais de faire en sorte qu’il vive.