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SAEG-AGROPAG : 826 millions de FCFA d’impayés, la terre attend, les salaires aussi


SAEG-AGROPAG : 826 millions de FCFA d’impayés, la terre attend, les salaires aussi

Un site AGROPAG Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Dans les entreprises publiques agricoles, les promesses de relance poussent parfois mieux que les cultures. À la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) et à AGROPAG, les arriérés de salaires atteindraient 826 277 915 FCFA, selon une correspondance du ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, datée du 24 août et rapportée par Échos du Nord. Derrière cette somme, des travailleurs attendent leur dû. Et derrière sa répartition se dessine une gestion qui mérite davantage qu’un communiqué rassurant.

SAEG-AGROPAG : 826 millions de FCFA d’impayés, la terre attend, les salaires aussi

 

La SAEG concentrerait à elle seule 736 455 000 FCFA d’impayés. Sur ce montant, 598 975 000 FCFA seraient dus aux responsables nommés, contre 137 480 000 FCFA pour l’ensemble des autres personnels : agents administratifs et techniques, équipes des ranchs, chauffeurs, ouvriers agricoles et personnels de soutien.

 

Près de 81,4 % de la dette salariale reviendraient donc aux responsables nommés. Plus de quatre fois la somme due à tous les autres agents réunis. Pour une entreprise chargée de produire, cette répartition donne au sommet un poids singulier.

 

Une répartition à expliquer, des comptes à ouvrir

 

Ces chiffres ne suffisent pas, à eux seuls, à établir une irrégularité. Encore faut-il connaître les périodes couvertes, le nombre de bénéficiaires, les rémunérations contractuelles et les éventuelles indemnités intégrées aux calculs. Des arriérés accumulés sur des durées différentes peuvent fausser la comparaison.

 

Mais cette réserve renforce l’exigence de transparence. Une telle concentration impose de publier une ventilation documentée des créances et d’expliquer comment elles se sont accumulées. Elle conduit aussi à examiner le coût de l’encadrement au regard des moyens consacrés à la production.

 

La fonction agricole de la SAEG doit se lire dans ses résultats : exploitations en activité, équipements disponibles, production commercialisée. Si les charges de direction absorbent une part disproportionnée de ses ressources, la relance devra commencer par ce déséquilibre. On ne remet pas une entreprise sur pied en épargnant systématiquement son organigramme.

 

Les travailleurs ne peuvent pas vivre d’un échéancier

 

À AGROPAG, les arriérés s’élèveraient à 89 822 915 FCFA. La correspondance citée évoquerait un préavis de grève parmi les agents de Ndendé ainsi que des difficultés liées à des loyers impayés. Pour les familles concernées, la crise se mesure en dépenses reportées, en dettes et en fins de mois sans salaire.

 

Une première tranche de 275 425 972 FCFA était envisagée : 245 485 000 FCFA pour la SAEG et 29 940 972 FCFA pour AGROPAG. Le solde, soit 550 851 943 FCFA, devait faire l’objet d’un échéancier à convenir.

 

Reste à établir ce qui a effectivement été versé. Les autorités doivent rendre publics les décaissements réalisés, les catégories de bénéficiaires payées et les dates prévues pour solder les créances. Une somme inscrite dans une correspondance ministérielle ne paie encore aucun loyer.

 

Le salaire rémunère un travail accompli. Son versement ne devrait dépendre ni d’une grève ni de la prochaine cérémonie de relance.

 

Réhabiliter exige aussi de rendre compte

 

Échos du Nord soulève par ailleurs des interrogations sur le patrimoine de la SAEG sous son ancienne direction, conduite par Aubert Ndjila. Les éléments d’inventaire évoqués appellent des vérifications : équipements effectivement réceptionnés, localisation, état et affectation.

 

Ils ne permettent pas de tenir des détournements pour établis. Ils justifient en revanche un examen contradictoire, fondé sur les pièces d’achat, de livraison et d’inventaire, ainsi que sur les explications des responsables concernés. Si des écarts apparaissent, il faudra en déterminer les causes et, le cas échéant, les responsabilités.

 

La réhabilitation annoncée de la SAEG gagnerait en crédibilité si elle s’appuyait sur ce travail : une dette salariale vérifiée, un calendrier de paiement financé, un patrimoine inventorié et un projet de production chiffré. Injecter de nouveaux fonds sans clarifier l’usage des précédents reviendrait à demander au contribuable de financer une confiance dont personne ne lui présente les comptes.

 

Les ouvriers agricoles attendent leur salaire. Le pays attend des résultats. Entre les deux, les dirigeants doivent désormais fournir autre chose que des annonces.

 

La terre peut être ingrate. Elle ne saurait servir éternellement d’alibi à la gestion.

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