DOSSIER DU RADAR : Interdire les téléphones, oui. Les détruire, au nom de quel droit ?
Image d’un établissement à Libreville (illustration) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Une vidéo diffusée ce vendredi 30 octobre sur les réseaux sociaux suscite de nombreuses interrogations. On y voit un responsable d’un établissement secondaire de Libreville détruire, à coups de pierre, environ neuf téléphones portables appartenant à des élèves. Une scène qui relance le débat sur l’interdiction des téléphones dans les établissements scolaires au Gabon, mais surtout sur les limites du pouvoir disciplinaire des responsables d’établissements.
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Un précédent mérite d’ailleurs l’attention : en février 2019, au lycée public Simon Oyono Aba’a de Bitam, une cinquantaine de téléphones confisqués avaient été brûlés. Cette affaire avait déjà suscité un débat sur les limites de l’autorité scolaire.
La question mérite donc d’être posée sans détour : lutter contre l’utilisation abusive des téléphones portables à l’école autorise-t-il pour autant leur destruction ?
Une interdiction qui répond à de véritables préoccupations
L’utilisation des téléphones portables en milieu scolaire soulève plusieurs préoccupations : distractions pendant les cours, accès aux réseaux sociaux, captation et diffusion d’images sans consentement, tricherie aux examens ou encore incidents entre élèves.
Dans plusieurs établissements gabonais, les règlements intérieurs encadrent strictement, voire interdisent, l’introduction et l’utilisation de ces appareils. L’objectif affiché est de préserver un environnement propice à l’apprentissage et de garantir la sécurité des élèves.
Sur ce principe, le débat peut s’entendre. L’école est avant tout un espace d’éducation, de formation et de discipline.
Mais interdire n’est pas détruire !
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Le lien pour regarder la vidéo
Un règlement intérieur qui interdit les téléphones portables donne-t-il automatiquement le droit de les détruire ?
C’est précisément sur ce point que la vidéo interpelle. Un téléphone portable reste un bien personnel, acheté parfois au prix de sacrifices par des parents qui souhaitent également pouvoir joindre leurs enfants et s’assurer de leur sécurité.
Si un élève enfreint le règlement intérieur, des mesures disciplinaires peuvent être prises conformément aux règles applicables. Mais la destruction de son téléphone soulève une autre question : sur quelle disposition réglementaire ou juridique un responsable d’établissement peut-il s’appuyer pour décider de détruire un bien qui ne lui appartient pas ?
La confiscation temporaire, la convocation des parents et les sanctions disciplinaires constituent-elles les seules réponses possibles ? Quelles responsabilités peuvent être engagées lorsqu’un bien personnel est volontairement détruit ?
Autant de questions qui nécessitent des éclaircissements.
L’autorité scolaire a-t-elle des limites ?
En mars 2026, dans une affaire concernant le lycée d’État Charles Mefane de Lambaréné, L’Union rapportait que l’article 29, alinéa 3, du règlement intérieur révisé pour l’année scolaire 2024-2025 prévoyait la destruction du téléphone par son propriétaire, en présence d’un parent. Le refus pouvait entraîner une exclusion définitive.
Source : Lire l’article de L’Union du 12 mars 2026.
Cet exemple soulève une question supplémentaire : les établissements disposent-ils d’une marge d’appréciation dans l’application de leurs règlements intérieurs ou doivent-ils se conformer à des directives nationales précises ?
Il ne s’agit pas de remettre en cause l’autorité des chefs d’établissement, encore moins de banaliser l’indiscipline en milieu scolaire. L’encadrement des élèves est indispensable et les parents ont également leur part de responsabilité dans le respect des règles établies.
Cependant, l’autorité éducative ne doit pas être confondue avec un pouvoir sans limites. Toute sanction doit être encadrée, proportionnée et conforme aux textes en vigueur.
Dès lors, une interrogation demeure : comment demander aux élèves de respecter les règles si ceux qui sont chargés de les faire appliquer ne sont pas eux-mêmes tenus à des exigences de responsabilité et de respect des biens d’autrui ?
Le ministère de l’Éducation nationale attendu au tournant
Face à cette situation, plusieurs éclaircissements sont attendus de l’administration scolaire et du ministère de l’Éducation nationale.
Le responsable de l’établissement concerné doit pouvoir expliquer les circonstances de cette destruction. Le ministère, de son côté, gagnerait à préciser les mesures disciplinaires autorisées en matière de détention et d’utilisation des téléphones portables dans les établissements scolaires.
En 2018, le Gabon avait annoncé la préparation d’un texte visant à interdire les téléphones portables dans les établissements scolaires, notamment pour des raisons de sécurité et de lutte contre la fraude.
Cependant, le profil éducatif du Gabon publié par l’UNESCO indique qu’aucun texte de loi découlant de cette initiative n’avait été recensé.
Source : Consulter le profil technologique du Gabon – UNESCO.
Le ministère dispose aujourd’hui d’un portail officiel recensant des notes circulaires destinées aux chefs d’établissement. Toutefois, les documents accessibles ne permettent pas, à ce stade, de confirmer l’existence d’une directive nationale autorisant expressément la destruction des téléphones.
Les parents concernés disposent-ils d’un recours ? Les établissements ont-ils reçu des directives précises sur la confiscation et la restitution des appareils ?
Au-delà de cette vidéo, l’enjeu est celui d’une école qui doit conjuguer discipline, responsabilité, protection des élèves et respect des droits.
Peut-on défendre l’autorité de l’école tout en acceptant la destruction des biens personnels des élèves ?
Le débat est ouvert.