Fait-divers : la mort d’un chasseur millionaire de 75 ans après une attaque d’éléphants, relance le débat sur la chasse au gros gibier au Gabon
Ernie Dosio, un riche chasseur de trophées américain, a été tué alors qu’il chassait une espèce rare d’antilope au Gabon ( Internet) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
La mort d’un touriste américain de 75 ans, le 17 avril dernier, piétiné par un troupeau d’éléphants lors d’une partie de chasse au Gabon, remet en lumière les zones de tension qui entourent la chasse aux trophées en Afrique. Au-delà du fait divers tragique, l’incident interroge à la fois la sécurité des pratiques cynégétiques, leur impact sur la faune sauvage et les débats éthiques qu’elles continuent de susciter.
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Une activité à haut risque dans des écosystèmes imprévisibles
La chasse au gros gibier en milieu forestier tropical, comme dans la région de la Lopé-Okanda, expose les chasseurs à des environnements particulièrement denses et difficiles à contrôler. Les éléphants de forêt, notamment les femelles accompagnées de leurs petits, peuvent adopter des comportements défensifs rapides et violents en cas de menace perçue.
Dans ce contexte, même encadrée par des guides professionnels, la chasse comporte
une part d’imprévisibilité importante. L’incident souligne les limites de la maîtrise humaine face à des animaux sauvages évoluant dans leur habitat naturel.
Une espèce déjà sous pression
Les éléphants de forêt d’Afrique centrale, dont le Gabon abrite une large population, sont classés parmi les espèces en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Leurs effectifs ont fortement chuté sous l’effet du braconnage, de la déforestation et de la fragmentation des habitats.
Dans ce contexte, la présence de chasseurs étrangers dans des zones riches en biodiversité ravive les critiques des organisations de conservation, qui estiment que toute forme de prélèvement sur des populations fragilisées accentue leur vulnérabilité, même lorsqu’elle est encadrée légalement.
La chasse aux trophées : entre économie et controverse
La chasse dite « aux trophées » repose sur un modèle économique où des chasseurs fortunés paient pour tuer des animaux sauvages et conserver des parties du corps comme souvenirs. L’Américain avait déboursé
22 958 495,00 Franc CFA (35.000 euros) pour obtenir le droit de chasser le céphalophe à dos jaune, une antilope forestière particulièrement craintive, au Gabon.
Les défenseurs mettent en avant les retombées financières pour les économies locales, notamment en Afrique australe, où elle génère des revenus et des emplois. Cependant, ce modèle reste profondément controversé. Ses détracteurs dénoncent une marchandisation de la faune sauvage et un déséquilibre éthique entre loisirs de luxe et conservation de la biodiversité. Le débat est d’autant plus vif que certaines espèces ciblées sont déjà menacées.
Un débat loin d’être clos
L’incident survenu au Gabon illustre les tensions persistantes entre plusieurs logiques : celle du tourisme cynégétique, celle de la conservation des espèces, et celle de la sécurité humaine dans des environnements naturels encore largement sauvages.
Au-delà de l’émotion suscitée par la mort de ce chasseur expérimenté, ce drame rappelle que la cohabitation entre activités humaines et faune sauvage reste fragile, particulièrement dans des écosystèmes où les équilibres écologiques sont déjà sous pression.