Politique : La Cinquième République, une sombre caricature du « bongoïsme » ( Tribune libre de Michel Ongoundou Loundah)
Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur de la Transition, président du parti REAGIR Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Depuis des semaines, l’école gabonaise est silencieuse. Les salles de classe sont vides. Les tableaux effacés. Les cahiers fermés. Et nos enfants attendent. Ils attendent pendant que le pays tergiverse, pendant que le pouvoir UDB/CTRI et ses affidés « bricolent », cherchent des responsables là où il n’y a que des victimes.
Lire aussi
La vérité, pourtant, est simple, brutale, incontestable : le système éducatif gabonais est à l’arrêt, non pas par caprice corporatiste, mais par épuisement moral, matériel et institutionnel.
Les enseignants, mobilisés depuis le début de l’année 2026, ne demandent ni privilèges ni passe-droits. Ils réclament ce qui fonde toute République digne de ce nom : le respect de la parole de l’État, la régularité des droits, la dignité du travail.
Ce mouvement, on le sait, est l’aboutissement de décennies de promesses non tenues, de dossiers administratifs enterrés, de salaires retardés, de carrières brisées dans l’indifférence.
Michel Ongoundou Loundah, Président du parti REAGIR
Lorsque SOS Éducation vote la non-reprise des cours dans 8 provinces sur 9, ce n’est pas une provocation, mais un cri d’alarme national. Et pourtant, certains, dans le camp de l’UDB/CTRI, tentent l’indécence suprême : faire porter aux enseignants la responsabilité de l’année blanche qui se profile.
C’est une inversion morale insupportable. Les enseignants ne sont pas les fossoyeurs de l’école gabonaise ; ils sont les victimes d’un système qui a cessé de se réformer depuis longtemps.
Réprimer n’est pas gouverner
Face à cette crise, que voit-on ?
Non pas un dialogue structuré, ni une négociation sérieuse, ni, encore moins, une réponse politique à la hauteur de l’enjeu. Mais plutôt des arrestations, des intimidations, des manœuvres politiciennes, menées par quelques opportunistes persuadés qu’en se montrant plus zélés que les tenants du pouvoir, ils gagneront les faveurs du “Prince”.
Ces méthodes n’ont rien réglé. Elles n’ont pas fait reprendre les cours. Elles n’ont pas ramené les enfants à l’école. Elles n’ont pas restauré la confiance. Elles ont tout simplement rappelé une vérité sociologique connue : on ne gouverne pas durablement contre les corps sociaux structurés, surtout pas contre ceux qui forment l’esprit de la Nation.
Un pays en crise sociale ne voyage pas comme si de rien n’était
Pendant que les enseignants tiennent, pendant que les familles s’épuisent, pendant que les enfants perdent un temps éducatif irremplaçable, le chef de l’État, lui, multiplie les déplacements à l’étranger. La semaine dernière encore, il était aux Émirats arabes unis, dans un voyage présenté comme “économique”. Ici, le problème n’est pas de savoir si la diplomatie économique est utile.
La question fondamentale est celle des priorités.
- Combien coûte un voyage présidentiel de ce type ?
- Quelles retombées immédiates pour les enseignants, pour l’école, pour les familles gabonaises précarisées ?
- Quel message envoie-t-on à une population gabonaise déjà traumatisée par la cherté de la vie, les démolitions de maisons, les coupures d’eau et d’électricité ?
Pour tout gouvernement soucieux de l’intérêt national, régler une crise sociale de l’ampleur de celle que le Gabon traverse depuis plusieurs semaines est plus important que d’aller chercher d’hypothétiques bailleurs de fonds. Car aucun partenaire sérieux n’investit durablement dans un pays où les dirigeants inversent l’ordre des priorités.
Les voyages qui “doivent rapporter”… mais qui appauvrissent
L’actualité récente est venue rappeler une autre réalité plus cruelle encore. Un précédent voyage, présenté lui aussi comme stratégique - celui aux États-Unis en juillet 2025 - devait ouvrir des perspectives économiques majeures pour notre pays.
Le résultat est désormais connu : le Gabon a récemment été exclu du programme AGOA pour l’année 2026.
L’AGOA n’est pas un symbole. C’est un instrument économique concret, offrant un accès préférentiel au marché américain. En être exclu, c’est perdre une opportunité réelle de compétitivité, d’exportation et d’emplois.
Moralité : revenir des USA avec une casquette rouge offerte par Donald Trump ne compense pas une exclusion économique.
Le symbole ne remplace jamais la substance. Et un pays ne se gouverne pas par des images, des effets d’annonce ou des slogans, mais par des résultats concrets.
Une Ve République qui inquiète plus qu’elle ne rassure
Une question s’impose alors, presque douloureuse : la Ve République gabonaise est-elle réellement en train de rompre avec les pratiques du passé ? De plus en plus de voix, y compris celles d’acteurs socio-politiques comme Marcel Libama, soulignent une inquiétante ressemblance. « Les débuts de cette Ve République évoquent, par bien des aspects, la fin du régime d’Ali Bongo ». En effet, aux yeux des Gabonais, l’actuel régime ressemble de plus en plus à une troublante synthèse entre le populisme démagogique d’Omar Bongo et le « bling-bling » politique de son fils Ali.
Un choix historique
Aujourd’hui, le pays est à un carrefour. Soit le gouvernement UDB/CTRI continue dans sa politique-spectacle, déconnectée du réel, soit il engage enfin des réformes de fond, courageuses, exigeantes et responsables.
Je le dis avec gravité : l’éducation n’est pas une variable d’ajustement. Les enseignants ne sont pas les adversaires de l’État. Les enfants, nos enfants, ne peuvent et ne doivent en aucun cas être les victimes collatérales de l’improvisation politique d’un gouvernement incompétent.
Le Gabon mérite mieux que des annonces. Il mérite des décisions. Il mérite une vision. Il mérite des dirigeants qui commencent par régler ses urgences avant de courir après de vagues promesses.
Qu’on se le tienne pour dit, l’Histoire jugera sévèrement ceux qui auront laissé une génération entière payer le prix de l’aveuglement et de l’irresponsabilité politiques.
Par Michel Ongoundou Loundah
