Gabon / Soutenance à l’Université Omar Bongo : Le temps des passations au cœur d’une thèse sur le pouvoir dans le roman gabonais
Barbara Mekui Ondo Credit:© 2026 D.R./Le Radar
L’Université Omar Bongo à Libreville a récemment accueilli la soutenance de thèse de doctorat de Barbara Mekui Ondo, consacrée à la « transvaluation du pouvoir et sa représentation dans le roman gabonais ». Son travail s’intéresse notamment à Le temps des passations de Hasse Nziengui, une œuvre qui met en lumière les tensions sociopolitiques au Gabon.
Lire aussi
Cette étude, inscrite dans le champ de la littérature africaine et francophone, explore les mutations des formes de pouvoir à travers la fiction romanesque. Le corpus analysé comprend plusieurs œuvres majeures du paysage littéraire gabonais : Le temps des passations de Hasse Nziengui, Le pacte d’Afia de Maurice Okoumba Nkoghe, ainsi que L’étrangleur-séducteur et Le choix des ancêtres de Thierry Afane-Otsaga.
L’analyse de Barbara Mekui Ondo révèle une constante : la concentration du pouvoir entre les mains d’une minorité, avec pour conséquences la dégradation des normes sociales, le détournement des valeurs traditionnelles et l’exacerbation des tensions politiques.
Moment de soutenance
Une attention particulière est portée à l’œuvre de Hasse Nziengui, qui illustre les dynamiques de transition politique et sociale au Gabon.
À travers une narration oscillant entre continuité et rupture, l’auteur décrit les mécanismes de transmission du pouvoir, souvent marqués par les conflits, les stratégies et les recompositions. Le roman met en scène un régime autoritaire confronté à des mouvements de contestation sociale, notamment des grèves étudiantes suivies d’une répression, exposant ainsi les dérives du pouvoir politique.
Dans le même corpus, Le pacte d’Afia explore le pouvoir sous un angle mystique et social, à travers le destin tragique d’une femme marginalisée, tandis que Le choix des ancêtres examine les conflits liés à la gouvernance traditionnelle et leurs répercussions sur la cohésion sociale.
Au centre de la réflexion se trouve la notion de « transvaluation du pouvoir », entendue comme la transformation des valeurs, marquée par la remise en cause des normes anciennes et l’émergence de nouvelles références, souvent dictées par des logiques de domination politique ou spirituelle. La doctorante mobilise des approches sociocritiques pour analyser les procédés stylistiques et langagiers utilisés afin de traduire ces mutations.
Selon Barbara Mekui Ondo,
Le temps des passations propose une lecture critique des pratiques politiques contemporaines tout en dévoilant les logiques symboliques qui sous-tendent l’exercice du pouvoir, redéfinissant ainsi les normes des rapports d’autorité dans la société gabonaise.
La thèse souligne également la singularité de Hasse Nziengui, dont la double posture de journaliste, écrivain et homme politique confère à son œuvre une dimension à la fois esthétique et engagée. Cette hybridité permet de mêler fiction et réalité tout en offrant une réflexion approfondie sur la gouvernance, la légitimité et la succession politique.
Appréciée par le jury, qui a décerné à la doctorante la mention très honorable pour la rigueur scientifique et la pertinence de ses analyses, cette recherche enrichit les études sur la littérature gabonaise et confirme le rôle du roman comme espace de critique et de reconfiguration du pouvoir.
Par ce travail, l’Université Omar Bongo réaffirme son engagement pour la promotion des savoirs et l’analyse des réalités sociopolitiques à travers les sciences humaines et sociales.
