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Gabon / Pagne obligatoire le vendredi : entre sarcasmes et critiques de fond, Michel Ongoundou Loundah appelle à une véritable politique industrielle


Gabon / Pagne obligatoire le vendredi : entre sarcasmes et critiques de fond, Michel Ongoundou Loundah appelle à une véritable politique industrielle

Michel Ongoundou Loundah Ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Entre promotion culturelle et débat sur le patriotisme économique, l’obligation du port du pagne chaque vendredi dans l’administration publique continue de susciter des réactions au Gabon. Si certains dénoncent une mesure symbolique déconnectée des réalités sociales, Michel Ongoundou Loundah critique surtout l’absence d’une véritable politique industrielle capable de soutenir une filière textile nationale.

Le gouvernement gabonais a décidé de rendre obligatoire le port de la tenue africaine chaque vendredi dans l’administration publique. Cette mesure, adoptée à l’issue du Conseil des ministres du 30 avril 2026 présidé par Brice Clotaire Oligui Nguema, vise officiellement à promouvoir les valeurs culturelles nationales et à encourager le port des textiles dits locaux.

Une image du pagne

Selon les nouvelles dispositions, les hommes devront porter des ensembles confectionnés à partir de tissus africains tels que le pagne, le wax ou le raphia, sans cravate. Les femmes, quant à elles, pourront arborer diverses tenues traditionnelles : robes brodées, ensembles pagne-corsage ou encore foulards africains.

La mise en œuvre de cette décision sera assurée par les responsables administratifs au sein des différents services publics. Certains corps de métier, notamment les forces de défense et de sécurité ainsi que les professions soumises à un uniforme réglementaire, échappent toutefois à cette obligation.

D’après les autorités, cette initiative s’inscrit dans une politique plus large de valorisation du patrimoine culturel gabonais, amorcée récemment avec le lancement d’un concours national destiné à créer une tenue traditionnelle officielle.

Mais depuis son annonce, la mesure continue d’alimenter les débats au sein de l’opinion et de la classe politique. Sur les réseaux sociaux notamment, certains internautes et observateurs ont choisi l’ironie et le sarcasme, tournant en dérision une décision jugée symbolique, voire déconnectée des priorités économiques et sociales du pays.

D’autres critiques, plus structurées, pointent surtout les limites et les angles morts de cette orientation gouvernementale. C’est le cas de Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR, qui dénonce une politique davantage axée sur l’apparence que sur la construction d’une véritable filière textile nationale.

Dans une tribune au ton sévère, l’opposant fustige ce qu’il qualifie de « Made in Netherlands » déguisé en patriotisme. Selon lui, « le pagne wax n’est ni africain ni d’origine locale ». Il rappelle qu’il s’agit « d’une technique de batik indonésienne industrialisée par les Hollandais au XIXe siècle » , notamment par la société textile néerlandaise Vlisco.

Pour Michel Ongoundou Loundah, imposer ce type de tissu dans l’administration ne contribue en rien à l’émergence d’une industrie locale solide. « En quoi imposer du “Made in Netherlands” célèbre-t-il l’identité gabonaise ? C’est de la sous-traitance identitaire », critique-t-il.

L’ancien parlementaire estime par ailleurs que le patriotisme économique devrait se traduire par des investissements concrets dans l’éducation, la formation professionnelle et l’industrialisation. « Le pagne, c’est bien. L’usine dirigée par un Gabonais, c’est mieux » , conclut-il.

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